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Risque en investissement : ce que la plupart
des épargnants comprennent mal
Le risque n'est pas la volatilité. Ne pas investir est aussi un risque. Et le risque d'un actif isolé n'a presque aucun sens sans regarder le portefeuille dans son ensemble. Ce que tout investisseur devrait comprendre avant de placer le moindre euro.
Le mot "risque" est l'un des plus utilisés en finance, et l'un des moins bien compris. Pour beaucoup d'épargnants, il se résume à une seule question : est-ce que je peux perdre de l'argent ? C'est une question légitime. Mais elle est incomplète. Le risque en investissement est multidimensionnel, et l'ignorer dans sa globalité conduit à des décisions qui semblent prudentes mais qui, en réalité, exposent davantage qu'elles ne protègent.
01 · L'idée reçueNon, le risque ne se résume pas à la possibilité de perdre de l'argent
L'idée reçue la plus répandue est simple : un placement risqué est un placement qui peut baisser. Un placement sûr est un placement qui ne baisse pas. Sur cette base, beaucoup d'épargnants concluent qu'il faut éviter les actions, se concentrer sur le livret d'épargne, le fonds en euros ou l'immobilier, et attendre. Cette logique est rassurante. Elle est aussi trompeuse.
Elle oublie plusieurs dimensions du risque qui sont tout aussi réelles, mais beaucoup moins visibles au quotidien. Le risque de perdre du pouvoir d'achat quand l'inflation dépasse le rendement de votre épargne. Le risque de liquidité quand vous avez besoin de récupérer votre argent et que vous ne pouvez pas le faire sans perte. Le risque de concentration quand tout votre patrimoine repose sur un seul type d'actif. Le risque comportemental quand vous vendez au plus mauvais moment sous l'effet de la peur. Chacun de ces risques peut coûter davantage que la volatilité d'un portefeuille bien diversifié.
au-delà de la volatilité
en période d'inflation à 2,5 %
devient négligeable
02 · La cartographieLes différents types de risque que tout investisseur devrait connaître
Avant de construire une stratégie, il est utile de nommer les risques en présence. Ils ne s'appliquent pas tous à chaque placement, et ne se gèrent pas tous de la même façon.
Ne pas investir n'est pas une position neutre. C'est choisir le risque d'inflation et le risque de liquidité au détriment du risque de marché.
Azur Gestion Financière · Barbentane · Grand Avignon03 · Le risque intrinsèqueUn actif risqué isolément peut être stabilisant dans un portefeuille
C'est l'un des concepts les plus contre-intuitifs de la finance. Un actif très volatil, considéré isolément comme "risqué", peut améliorer le profil de risque global d'un portefeuille s'il se comporte différemment des autres actifs qui le composent. Et inversement, un actif "sûr" ajouté en trop grande quantité peut aggraver le risque global si le portefeuille est déjà surchargé d'actifs similaires.
Juger un actif sur son risque propre sans le replacer dans le contexte du portefeuille global, c'est évaluer une pièce d'un mécanisme sans voir comment elle s'articule avec les autres. Une action technologique volatile peut, combinée à des obligations d'État et à une poche de matières premières, produire un portefeuille globalement moins risqué que trois produits "sûrs" très corrélés entre eux.
En 2022, beaucoup d'investisseurs considéraient leur portefeuille comme "équilibré" car il comprenait à la fois des actions et des obligations. Mais cette année-là, les deux classes d'actifs ont baissé simultanément pour la première fois depuis des décennies, à cause de la remontée brutale des taux. Les portefeuilles qui intégraient une poche d'actifs réels (matières premières, infrastructures) ou de stratégies alternatives ont bien mieux résisté. Ce n'était pas une question de niveau de risque des actifs individuels, mais de la corrélation entre eux.
04 · L'horizon de tempsLa volatilité n'est un risque que si votre horizon est trop court
Le rapport entre risque et horizon d'investissement est fondamental, et pourtant souvent ignoré dans la construction des portefeuilles. À court terme, la volatilité est réelle et peut être douloureuse. À long terme, elle devient une composante normale du chemin vers la performance, et son impact sur le résultat final diminue considérablement.
Les données historiques sur les marchés actions mondiaux sont éloquentes : sur un horizon de 10 ans, la probabilité d'obtenir un rendement positif a été très élevée dans la grande majorité des périodes historiques, malgré des crises majeures intercalées. Sur un horizon de 1 an, la volatilité peut produire des résultats très dispersés dans les deux sens. Ce n'est pas l'actif qui change. C'est la durée pendant laquelle vous lui laissez le temps de travailler.
Beaucoup d'épargnants construisent leur portefeuille avec un horizon théorique de 10 à 15 ans, mais réagissent aux fluctuations comme si leur horizon était de 3 mois. Ce décalage entre l'horizon déclaré et le comportement réel est à l'origine d'une grande partie des mauvaises décisions d'investissement : sortir lors d'une baisse, rater le rebond, et finalement obtenir un rendement inférieur à celui d'un simple fonds indiciel conservé sans y toucher.
05 · Les biais comportementauxLe risque le plus coûteux est souvent celui que vous créez vous-même
Les études de comportement financier documentent depuis des décennies un phénomène remarquablement stable : les investisseurs individuels obtiennent en moyenne des rendements significativement inférieurs aux fonds dans lesquels ils investissent. L'explication est simple. Ils entrent sur les marchés après les hausses, quand l'enthousiasme est au maximum. Ils sortent lors des baisses, quand la peur prend le dessus. Et ils répètent ce cycle à chaque crise.
Les biais les plus fréquents chez les investisseurs particuliers
- Biais de récence : surestimer l'importance des événements récents. Ce qui vient de monter va continuer à monter. Ce qui vient de baisser est à éviter. Les deux affirmations sont statistiquement fausses.
- Aversion aux pertes : ressentir une perte deux fois plus fortement qu'un gain équivalent. Ce biais pousse à vendre trop tôt les actifs qui baissent et à conserver trop longtemps ceux qui montent.
- Biais de confirmation : chercher des informations qui confortent une décision déjà prise plutôt que celles qui la remettent en question. Ce biais entretient des convictions erronées.
- Excès de confiance : surestimer sa capacité à anticiper les marchés. La grande majorité des investisseurs actifs, y compris professionnels, sous-performent les indices sur longue période.
- Comportement grégaire : suivre ce que font les autres, en particulier dans les phases de panique ou d'euphorie. C'est précisément quand tout le monde vend qu'il est statistiquement le plus coûteux de vendre.
Des études sur les comportements d'investisseurs en fonds actions montrent que le rendement moyen obtenu par les détenteurs de ces fonds est systématiquement inférieur au rendement du fonds lui-même sur la même période. Cet écart, appelé "behavior gap", est uniquement dû au mauvais timing des entrées et des sorties. Ce n'est pas le fonds qui sous-performe. C'est l'investisseur qui ne reste pas investi assez longtemps.
06 · Piloter, pas éviterCe que signifie vraiment gérer le risque
L'objectif d'une gestion patrimoniale rigoureuse n'est pas d'éliminer le risque. C'est de le comprendre, de le quantifier et de le positionner au service de vos objectifs. Un patrimoine sans aucun risque est un patrimoine qui s'appauvrit lentement par l'inflation. Un patrimoine exposé sans méthode est un patrimoine qui subit les marchés plutôt qu'il n'en profite.
Piloter le risque, c'est d'abord clarifier vos objectifs et votre horizon réel, pas celui que vous déclarez mais celui que vous respecterez en cas de crise. C'est ensuite construire une allocation qui diversifie réellement, en tenant compte des corrélations entre actifs et pas seulement de leurs risques individuels. C'est enfin mettre en place un processus de suivi qui permet d'ajuster l'allocation quand la situation change, sans réagir de manière émotionnelle à chaque fluctuation.
Notre approche commence toujours par une discussion franche sur votre tolérance réelle au risque, pas seulement celle que vous déclarez sur un questionnaire. Nous construisons ensuite une allocation qui tient compte de l'ensemble de votre patrimoine, incluant l'immobilier en direct, les liquidités et les engagements hors bilan. Et nous revoyons cette allocation régulièrement, non pas parce que les marchés ont bougé, mais parce que votre situation personnelle, vos objectifs ou l'environnement économique ont évolué.
Ce qu'il faut retenir
Le risque en investissement n'est pas un ennemi à fuir. C'est une réalité à comprendre dans toutes ses dimensions : marché, inflation, liquidité, concentration, taux, et comportement. Chacune de ces dimensions peut coûter plus cher que la volatilité d'un bon portefeuille diversifié.
L'investisseur qui comprend le risque de manière globale prend de meilleures décisions. Il ne fuit pas la volatilité à court terme. Il ne sous-estime pas l'érosion silencieuse de l'inflation. Il ne réagit pas à chaque actualité financière. Et il laisse le temps et la diversification faire leur travail.
Gérer le risque, c'est d'abord le comprendre. Le comprendre, c'est déjà investir mieux.
Membre CNCGP · Régulé AMF/ACPR · Barbentane (13570) · Grand Avignon · Alpilles
Avertissement : Cet article est rédigé à titre d'information générale et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Les performances et comportements de marché évoqués sont présentés à titre illustratif. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Toute décision d'investissement doit faire l'objet d'une analyse individualisée.
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